Histoire

Dès 1900, l’instituteur de Saint Maurice, Monsieur Régis SIGAUD, accepte de réunir quelques jeunes du village pour leur inculquer leurs premières notions de solfège. Un bien « brave homme » ce Monsieur SIGAUD ! Il avait dans un premier temps entrepris ses études au grand séminaire du Puy, mais il les abandonne avant leur terme, tout en restant quelqu’un de très pratiquant. Il débute alors sa carrière comme maître d’école à Saint Jean d’Aubrigoux, avant d’être nommé instituteur à Saint Maurice.
En matière d’éducation musicale, sa pédagogie doit être sans conteste efficace et stimulante, puisque début 1902, naît la société de musique « LA FRATERNELLE », à laquelle le conseil municipal de l’époque apporte immédiatement son soutient :

« L’an 1902, et le 23 du mois de février à 9 heures et demie du matin.
Le conseil municipal de la commune de St Maurice de Lignon réunie en session ordinaire au lieu accoutumé de ses séances, sous la présidence de Mr Robin adjoint.
Etaient présents : Mrs Barthelemy, Reymond, Vérot, Pélissier, Barbier, Favier, Ouillon et Cornillon.
Absents : Mr le comte de Kergorlay, Maire, Bruyère, Rabeyrin, Saby, Déléage, Collard et Samuel.
Le conseil municipal, après avoir pris connaissance d’une lettre par laquelle certains jeunes gens de la commune demandent à créer une société musicale, le conseil après en avoir délibéré, émet un avis favorable à leur demande et en vue de les encourager vote une somme de Cent Cinquante Francs.
Et après lecture faite les membres présents ont signé les jours et mois ci-dessus ».

Dès le début, les instruments sont nombreux et variés. Pour 23 musiciens, on peut identifier une vingtaine d’instruments formant un ensemble musical très bien équilibré :

  • 2 Trompettes d’harmonie
  • 5 Cornets à pistons
  • 1 Bugle
  • 6 Altos ou Barytons
  • 2 Trombones à pistons
  • 3 Basses
  • 1 Contre-Basse
  • 1 Caisse claire
  • 1 Grosse caisse

On remarquera également que la partie « batterie » (tambours et clairons) n’existe probablement pas dans cette société d’origine, et que la bannière aux armes des Latour Maubourg n’a pas encore été acquise.

Le premier défilé de la jeune société aura lieu pour la « fête de la république »,le 14 Juillet 1902. Dans le contexte politique particulièrement tendu de cette époque,il n’en faudra pas plus pour que le clergé local considère cette prestation comme une provocation « républicaine ». La réaction est immédiate, puisque « La Fraternelle » est aussitôt « privée de 15 Août » ; une initiative malheureuse du curé MOULIN, si l’on en juge par la réponse qui lui est faite dans « Le journal d’Yssingeaux », le 21 Septembre 1902 :
« Dans un article d’un goût douteux, le curé de Saint-Maurice essaie vainement de se disculper, ou de se faire disculper, de la maladresse qu’il a commise en refusant à la fanfare l’autorisation de jouer à l’église le 15 Août dernier. Les intentions qu’il attribue à certains membres de cette fanfare ne sont que le produit de son cerveau surexcité; elles sont absolument erronées. On ne perçoit guère là la charité chrétienne. Allons ! Monsieur le curé, un bon mouvement, avouez que vous vous êtes trompé, la population de Saint-Maurice, bien que froissée, vous en tiendra certainement compte. »

On peut toutefois noter que cet état de fait n’est pas propre à Saint-Maurice uniquement. Un peut partout en France, et particulièrement cette année 1902 qui a vu l’arrivée de la gauche anticléricale au pouvoir, on constate une certaine « agitation » dans les sociétés musicales. Ainsi que l’écrit P. Gumplowicz dans son ouvrage « Les Travaux d’ Orphée », « une scission » s’établit à la suite des luttes entre cléricaux et anti-cléricaux, entre ceux qui ne voulaient plus jouer à l’église et ceux qui ne voulaient plus jouer La Marseillaise, (?) entre partisans de la « sacrée musique » et ceux de la musique sacrée.

Toujours est-il qu’en 1904, année ou « La Fraternelle » participe au festival d’Yssingeaux, le vicaire Massardier décide à son tour de rassembler les jeunes. Il fonde « l’Avenir », un groupe de gymnastique auquel il adjoint une section « musique », composée de tambours et de clairons. On ne sait pourquoi cette société prendra le nom de « l’ Espérance », quelques temps plus tard, lors du dépot des statuts.

La cohabitation entre « La Fraternelle » et « l’ Espérance » semble alors se dérouler sans trop de problèmes, puisque les deux sociétés participent côte à côte à pratiquement toutes les fêtes du village, qu’il s’agisse des processions ou de la vogue annuelle. En 1908, dans l’ almanach paroissial de St Maurice, sous la rubrique « Fêtes religieuses », on lira même que « les solennits religieuse n’ ont rien perdu de leur édification, ni de leur splendeur. La fanfare nous est d’un précieux concours : elle contribue à en rehausser l’ éclat ! » Entre temps, Mr Sigaud a quitté Saint-Maurice, et c’ est Mr Jean Ouillon qui le remplace comme chef de musique. Mais, ce dernier s’ installant ensuite à Pont de Lignon sera bientôt contraint d’abandonner son poste.

Il semble alors qu’une certaine désorganisation ait fait suite à ces changements successifs de directeur, à tel point que, dans les délibérations du conseil Municipal on peut lire que le 13 Novembre 1910, « Le conseil décide d’ annuler la somme de vingt-cinq francs accordée comme encouragement et pour service à la commune, et celle de soixante-quinze francs à Mr Carrot chef de musique, parceque cette société a refusé de prêter son concours à la commune. »

De plus, la « cohabitation pacifique » s’essouffle au fil des années ; les rivalités avec « L’Espérance » deviennent de plus en plus importantes, et les accrochages de plus en plus fréquents’ Le « débat » qui eu lieu un certain dimanche de 1912 sur la place de l’ église en fût le point culminant et il laissa, paraît-il autant de traces dans la mémoire de ceux qui en furent témoins, que sur le visage tuméfié de plusieurs des « protagonistes ». A l’ issue de l’ échauffourée la « République » s’ inclina et « La Fraternelle » fut dissoute, tandis que ses archives, nous à-t-on dit, étaient brûlées sur la place publique ! Les instruments furent alors rangées dans un grenier de la mairie,pour un sommeil qui allait durer 30 ans !

Sans doute pour oublier leur amertume, les rescapés de « La Fraternelle » s’offrent alors, avec l’argent en caisse, un voyage à Paris !
Leur Meilleur souvenir aurait été, parait-il, une certaine « virée » dans une cave du Quartier Latin ; ils y firent une fête mémorable, en buvant sur des tables en forme de cercueils !

Après tout, quoi de plus naturel pour l’enterrement (provisoire) de NOTRE FRATERNELLE ?!